L'Union du Cantal 01 juillet 2020 à 16h00 | Par P.Olivieri et J-M. Authié

Municipales : le plébiscite pour Pierre Mathonier à Aurillac

La logique arithmétique une nouvelle fois déjouée avec la très large victoire de Pierre Mathonier, à Aurillac, face à une union de la droite, du MRSLet de LREM, visiblement sanctionnée.

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La liesse de la victoire l’a emporté sur le respect des gestes barrière pour l’équipe de Pierre Mathonier qui a salué des colistiers soudés et efficaces.
La liesse de la victoire l’a emporté sur le respect des gestes barrière pour l’équipe de Pierre Mathonier qui a salué des colistiers soudés et efficaces. - © UC

La politique a ses raisons que l’arithmétique ignore : le scrutin de dimanche soir l’a une nouvelle fois prouvé. Un et un ne font ainsi pas toujours deux et l’addition attendue des voix des deux listes concurrentes au maire sortant Pierre Mathonier n’a pas eu le résultat algébrique escompté, loin de là. En fusionnant leurs listes, Jean-Antoine Moins et Catherine Amalric pouvaient espérer décrocher 52 % des suffrages au second tour, ils n’atteignent pas 41 %. Un vrai désaveu avec plus de 500 voix perdues dans l’entre-deux-tours, et, au contraire, un plébiscite pour Pierre Mathonier qui engrange plus de 1 200 bulletins supplémentaires. Avec 59,24 %, le maire socialiste sortant fait mieux que le Premier ministre dans son havre normand, et, plus sérieusement, gagne huit points par rapport au scrutin de 2014 et dispose d’une très confortable majorité et les coudées franches avec 28 sièges contre 7 à l’opposition.

Mathonier : “Un message politique fort envoyé”

C’est d’ailleurs un Pierre Mathonier très ému qui a vu s’égrainer un à un les résultats très favorables des bureaux de vote aurillacois  : “60, 75 % dans certains...” revient, dimanche soir à 20 heures, encore en partie incrédule,  le maire d’Aurillac qui s’impose avec 59,24 % des voix loin devant la liste issue de la fusion de celles de Jean-Antoine Moins et Catherine Amalric. “Je vois dans ce succès plusieurs choses  : d’abord cette fusion a été très mal vécue et pas comprise par les électeurs”, réagit à chaud le maire sortant entre deux félicitations de passants dans la rue. “Je pense ensuite que leur campagne a beaucoup été basée sur l’anti, le dénigrement,  ça a été jugé difficilement acceptable par la population”, poursuit Pierre Mathonier pour qui, au travers de ce second tour, les Aurillacois(es) ont tenu au contraire à exprimer par leur scrutin leur reconnaissance pour sa gestion de cette crise sanitaire sans précédent.

Quatrième élément qui a, selon lui, emporté la décision : dans cette campagne d’une longueur inédite entre les deux tours, “j’ai eu une équipe très soudée autour d’un programme et très efficace, qui ne s’est jamais posée de question sur leur place au conseil, contrairement aux tensions qui ont agité l’autre liste…”

Politiquement, l’élu socialiste, allié pour ce scrutin aux écologistes, aux communistes et au Modem, estime que c’est “un message fort qui a été envoyé : 60 %, ce n’est pas neutre, surtout quand j’avais en face quatre conseillers départementaux, dont deux vice-présidents du Département ! Aurillac est une ville qui résiste et qui résiste bien !”

L’enjeu à venir est celui de l’intercommunalité, dont Pierre Mathonier, a dès le départ indiqué qu’il en briguait la présidence : “Nous allons engager des discussions avec l’ensemble des maires du territoire de la Caba, car il n’y a pas de petites et de grandes communes mais un territoire qui doit vivre ensemble”, déclare le maire.

Moins : “Une campagne inégale, déloyale”

Associé au second tour avec Catherine Amalric (MRSL-LREM), Jean-Antoine Moins ne cache pas sa déception : “C’est un résultat qu’on n’attendait pas, confie le candidat. Je peux tout à fait accepter une défaite mais je n’imaginais pas une défaite de ce type.”

Le candidat Les Républicains en est convaincu : la crise sanitaire “a cassé la campagne” et sans le Covid, avec un second tour sept jours après le premier, “on gagnait”. “Là, Pierre Mathonier a eu droit à deux mois de campagne journalière. Moi j’étais confiné, je n’avais pas le droit de bouger, on n’était pas audible, ni visible…”, lâche-t-il amer.

Une campagne qu’il juge donc “objectivement déloyale, inégale dans les armes : moi je n’avais pas les moyens de la Ville que lui a utilisés. Les gens ont peut-être eu le sentiment que Pierre Mathonier leur a distribué des masques, c’est vrai mais avec l’argent de leurs impôts…”  Jean-Antoine Moins se dit d’autant plus déçu que “j’avais une très très grosse envie, je voulais tellement faire de choses pour cette ville, j’aurais aimé que les Aurillacois me fassent confiance”.

Amalric : “Il a été très difficile de faire œuvre de pédagogie”

Un vote sanction contre une fusion que d’aucuns parmi ses soutiens n’auraient pas cautionnée ? “Peut-être mais on a fait un choix collectif, on l’assume. Est-ce que ça a été mal compris ? Peut-être. Mais ceux qui ont voté pour moi au premier tour savaient que la seule façon d’être élu, c’était d’aller chercher les voix de Catherine Amalric”, affiche Jean-Antoine Moins qui n’élude pas la question sur son avenir politique. “Ça va faire forcément réfléchir. La question que je vais me poser c’est : est-ce que les Aurillacois ne veulent définitivement pas de Jean-Antoine Moins ? Est-ce que je vais arrêter tout combat politique ? C’est trop tôt pour me prononcer. Pour l’instant, je vais surtout essayer de prendre le temps d’être avec cette équipe, la retrouver, discuter…”

Numéro 2 sur la liste d’union menée par Jean-Antoine Moins, “Aurillac autrement”, l’ex-ajointe à la culture de Pierre Mathonier considère elle aussi que “les résultats expriment une prime au sortant énorme, liée à la crise Covid où il y eu effectivement une mise en lumière très importante du maire en place (...). C’est une déception dans le sens où nous avions un très bon programme, ambitieux. La situation a fait qu’il a été très difficile de faire œuvre de pédagogie et de le présenter dans sa complétude et de l’expliquer. La situation faisait que d’une part la préoccupation de l’électorat était ailleurs, et on le comprend”, note Catherine Amalric.

Quant à la possible incompréhension des électeurs suite à cette alliance LR / MRSL - La République en Marche au second tour, elle relève  que “si c’est le cas, c’est justement parce qu’il n’y avait pas de lecture affinée du programme possible. Construire une liste transpartisane, avec un projet extrêmement remanié et ambitieux, nécessite une explication. Ce n’est pas quelque chose de courant ! En rester à des étiquettes historiques est extrêmement simpliste au fond. Une démarche démocratique, telle que nous l’avons conçue, ne pouvait être étiquetée de façon dichotomique. Cela aurait demandé beaucoup plus de possibilités d’aller à la rencontre de nos concitoyens.”

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