L'Union du Cantal 02 juin 2020 à 17h00 | Par P.Olivieri

Municipales Aurillac - Pierre Mathonier : « Je sens une confiance chez les gens »

Arrivé en tête au premier tour le 15 mars avec 48,08 % des voix, le maire sortant Pierre Mathonier se prépare à une drôle de campagne pour le second tour, face à une nouvelle liste en face de lui.

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P. Mathonier : "L'un des enseignements de cette crise c'est que les gens ont besoin d'élus de proximité, de confiance, auprès desquels ils puissent avoir du répondant."
P. Mathonier : "L'un des enseignements de cette crise c'est que les gens ont besoin d'élus de proximité, de confiance, auprès desquels ils puissent avoir du répondant." - © PO

Le 15 mars, vous avez manqué de peu une réélection au premier tour. C'était une déception ?
Pierre Mathonier : «Il m'a manqué effectivement 140 voix, je me suis dit que c'était dommage surtout que beaucoup de gens, des proches que la situation Covid a refroidis, ne sont pas allés voter. C'est vrai que mes opposants peuvent dire la même chose... J'ai perdu quatre points par rapport à 2014, était-ce lié à l'abstention ou pas... ? Sachant que face à moi, j'avais une candidate opportuniste qui a siégé dans mon équipe municipale, et de l'autre, M. Moins qui a fait le même score qu'il y a six ans. »

Aujourd'hui quel est votre sentiment sur vos chances au second tour, la gestion de cette crise sanitaire peut-elle vous apporter une prime au sortant, de maire « sur le front » ?
P. M. : « Je sens chez les gens que je croise en ville une confiance au-delà des clivages politiques, des gens qui me félicitent par exemple pour mes vidéos pendant la crise. Mais cette confiance se traduira-t-elle dans les urnes ? Je suis déterminé mais j'aborde cette élection avec beacuoup d'humilité : comme dans le sport, la partie n'est jamais gagnée avant le coup de sifflet final de l'arbitre. »

Quid de la rumeur d'une fusion des deux listes adverses, celles emmenées par Jean-Antoine Moins et Catherine Amalric, hypothèse qui semble se préciser (un point presse commun des deux candidats est prévu ce mercredi 3 juin). Ce serait une bonne ou mauvaise nouvelle pour le candidat Mathonier ?
P. M. : « La fusion de ces listes était un secret de Polichinelle depuis longtemps, je me doutais avant même le premier tour qu'elle était dans les tuyaux. La soit-disant politique autrement c'est bien, sauf que là, on est dans du grand classique : la fusion de deux programmes , deux équipes théoriquement incompatibles, des valeurs sensées être différentes avec une liste soutien à Macron et une autre emmenée par l'ancien secrétaire départemental des Républicains... C'est une caricature, c'est de l'opportunisme politique avec des gens prêts à tout pour être élus, y compris à renier leurs valeurs essentielles, sinon il fallait faire un programme commun dès le départ. C'est du carriérisme, l'antithèse de la sincérité politique. On voit bien qu'il y a là un manque de structure idéologique et de valeurs. Cette absence de légitimité politique est à même de donner de la place à des extrêmes. »

L'opposition municipale a dénoncé une gestion «en solo » de la crise, sans concertation avec les élus de votre conseil et une dimension départementale donnée à vos vidéos et points presse quotidiens...
P. M. : « L'exécutif municipal a été consulté et, conformément aux obligations légales, l'ensemble du conseil a été informé des arrêtés que j'ai pris . Dans cette période, les mesures de sauvegarde annoncées ont concentré tous les pouvoirs dans les présidents d'exécutifs, ça a été le cas pour les maires, mais aussi pour la Caba, le Département... Il n'y avait de toutes façons pas d'autres possibilités. Quand j'ai commencé mes interventions quotidiennes, je ne savais pas où j'allais, s'il allait falloir annoncer 400, 600 morts... Je me suis dit que mon rôle était d'être là et de canaliser les différentes initiatives individuelles avec trois objectifs : donner des informations fiables, renforcer, provoquer la solidarité, et rassurer. J'avais en tête le nombre important de personnes seules et très angoissées. D'ailleurs cela m'a été confirmé par une statistique : 52 % des gens vivent seuls à Aurillac, une solitude qui peut être choisie mais aussi subie par ces 7 347 Aurillacois.

J'ai aussi souhaité très vite aider les associations à reprendre leur travail auprès des 3 000 personnes qui viennent retirer auprès d'elles de la nourriture, d'où des appels à bénévoles. L'idée pour moi c'était d'être présent. Si ça se passait bien tant mieux, sinon je prenais le risque d'être l'oiseau de mauvais augure. Je me suis aussi rendu compte que le rôle d'interface que j'ai pu avoir entre les services de le Ville, de l'État, les associations... permettait de fluidifier, rassurer, de ne pas céder aux fake news. J'ai fait ce que je devais faire. La pire des choses aurait été de ne rien faire... »

L'épidémie a ébranlé des certitudes, amené de nouveaux comportements... Votre programme en a-t-il lui aussi été modifié au vu des enseignements que vous en avez tirés ?
P. M. : «Tous mes colistiers ont travaillé sur toutes les thématiques de notre programme pour voir si des choses méritaient d'être adaptées suite au Covid. Ce qui est ressorti, c'est que notre programme était plutôt bien construit, y compris au vu des évènements qu'on a connus. D'abord parce que l'un des grands axes est la solidarité. On s'est rendu compte que notre société était fragile ; qu'elle pouvait être stoppée net, et que ce qui la fait tenir, ce sont les services publics, de santé, de sécurité... et les municipalités. Avec aussi l'enseignement que les gens ont besoin d'élus de proximité, de confiance, auprès desquels ils puissent avoir du répondant. On s'adresse plus à l'élu de proximité qu'au conseiller régional ou départemental, ce n'est pas une critique, c'est un constat.

La deuxième analyse, c'est qu'on va entrer dans un monde très compliqué, avec la même déflagration en terme économique qu'on a connu en terme sanitaire. Il va falloir tenir le gouvernail dans la tempête. Notre programme économique prévoyait déjà des dispositifs économiques comme une aide aux fonds propres pour les entreprises de taille conséquente en difficultés, qu'il va falloir activer. Au-del,à il nous faut un programme à la fois ambitieux et pragmatique notamment en termes de relance. Il faudra beaucoup d'humilité dans nos ambitions financières : la plupart des projets qu'on a lancés atteignent 70 à 80 % de subventions car nous sommes conscients des limites financières de la Ville. Tout ne pourra pas être fait, il faudra patienter pour certains sujets.
Il faudra faire aussi attention à maintenir une pression fiscale la plus basse possible. Et accompagner les personnes isolées, comme le prévoit la mesure 22 de notre programme avec l'idée d'un réseau de bénévoles.
J'espère aussi que dans cette crise, les gens ont compris qu'il fallait défendre l'alimentation de proximité et de qualité. Les producteurs sont capables de fournir des produits de qualité, il faut que les consommateurs soient au rendez-vous, c'est le sens de notre projet alimentaire de territoire. C'est la même chose pour le commerce de proximité : le commerce de centre-ville, au-delà de son offre de qualité, doit avancer vers une offre de services : avec du drive, des livraisons à domicile, des commandes en ligne... Si on ne veut pas qu'Amazone remplace le commerce de centre-ville, il faut que les commerçants deviennent Amazone !
L'autre enseignement enfin, c'est le poids du numérique, avec du positif, car c'est un mode de communication efficace, pas cher, avec du négatif aussi, car on a besoin d'informations de confiance, donc de médias et d'élus de proximité, et c'est aussi un sujet d'inquiétude qui confirme le choix de notre espace public numérique pour éduquer encore plus à l'usage du numérique.

Etiez-vous favorable à un second tour fin juin ?
P. M. : « Si l'épidémie diminuait comme cela a été le cas, je souhaitais que le second tour se tienne fin juin avec les précautions sanitaires nécessaires. Pour moi, c'était impensable d'attendre janvier 2021 : on a besoin d'avoir des exécutifs forts pour agir aujourd'hui, pour relancer nos investissements face à la crise économique qui s'annonce. La commande publique va être un outil de la relance, c'est obligé. Une campagne en septembre (autre hypothèse un temps envisagée, NDLR) n'aurait pas été propice non plus : en septembre, on serait tombé en pleine rentrée scolaire,... et puis, on aurait quand même perdu une année le temps que les conseils soient installés, les projets votés, les appels d'offre lancés. J'étais aussi favorable à un seul second tour post-Covid et pas à une nouvelle élection intégrale. »

Comment va se dérouler cette drôle de campagne ?
P. M. : « Je vais faire une profession de foi, une vidéo et deux interviewes filmées questions/ réponses sans tabou. Nous allons aller à la rencontre des gens dans la rue, comme on l'a toujours fait. Il n'y aura ni meeting, ni réunion publique, conformément au cadre imposé. Cette campagne sera forcément « light » ; de toutes façons, je n'ai pas l'impression que les gens aient envie de grands débats, de joutes oratoires, il veulent avoir confiance dans des élus de proximité. »

Toujours candidat à la Caba ?
P. M. : « Oui, je le serai comme je l'ai été en 2014. Je pense que c'est important d'avoir une représentation très globale du territoire au sein de l'exécutif intercommunal mais que le président de l'Agglo et le maire de la Ville centre soit le même me paraît important et plus simple pour faire avancer les dossiers. Pour autant je n'ai aucune intention de tout phagocyter. »

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