L'Union du Cantal 18 décembre 2019 à 15h00 | Par C. Fournier

L’épigénétique : une marge de progrès pour les éleveurs

Temps fort de l’assemblée générale conjointe d’Optilait et de Cantal conseil élevage, c’est d’épigénétique dont il était question le 12 décembre à la salle des fêtes de Coren.

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Cent vingt participants ont écouté avec attention l’exposé de Yann Martinot. Une épigénétique à ses débuts mais prometteuse.
Cent vingt participants ont écouté avec attention l’exposé de Yann Martinot. Une épigénétique à ses débuts mais prometteuse. - © UC

À l’issue de la partie statutaire des deux assemblées générales de Cantal conseil élevage et d’Optilait, Yann Martinot, directeur technique d’ELVUP, Orne Conseil élevage, a exposé ce qu’il a appelé “une véritable révolution” : l’épigénétique, soit littéralement “épi” : au-dessus donc de la génétique. Une épigénétique ni plus ni moins que “le chef d’orchestre de la génétique”, applicable aux hommes, mais aussi, a fortiori, aux animaux et donc aux vaches, dont tout l’enjeu de cet exposé fait aux éleveurs. L’épigénétique est en fait “une somme de mécanismes assez complexes dans la construction biologique des êtres vivants. Les animaux sont livrés en kit et c’est “moi” qui construit leur potentiel”, image le conférencier. Animaux “dont le chemin de vie débute avant la fécondation”. À ce stade, les gamètes mâles et femelles ont déjà une signature épigénétique.

Une Ferrari moteur Solex

Deux jumelles qui ont le même potentiel et à qui l’on distribue la même ration vont pour l’une, produire 8 000 kg, pour l’autre 12 000 : “C’est l’épigénétique qui explique ceci par des chemins de vie différents. Faire du lait n’est pas que question de concentré. Faire du lait, c’est croiser un moteur (mamelle) et du carburant (ration). Et si l’on veut des animaux performants, c’est avant tout sur le “moteur” qu’il faut agir, car, en fonction de leur chemin de vie, on peut arriver à un moteur bridé, telle une Ferrari équipée d’un moteur de Solex. Lors d’une mammite, les bactéries laissent, par exemple, une trace épigénétique indélébile...” Comment cela fonctionne-t-il ? Des marques épigénétiques se collent sur les gènes et modifient leur expression. Les groupements méthyle sont ainsi des facteurs épigénétiques qui peuvent marquer l’ADN, et activer ou au contraire, réprimer l’expression des gènes. Cette marque, indique Yann Martinot, dépend de facteurs divers : “L’alimentation qui doit être équilibrée, un domaine où l’on joue dans le 2.0...  Exemple : une forte sous-alimentation pour les animaux gestants, c’est certes un peu moins de lait mais, surtout, toutes les générations suivantes en prennent un coup... Les stress  biotiques (infections), le stress thermique, les produits chimiques, les mycotoxines, l’espace consacré aux vaches taries qui, à défaut d’être suffisant, va engendrer une perte de production.” Selon les connaissances actuelles,  “le stress thermique sur des animaux gestants  va compromettre leur capacité de production, affecter leur système immunitaire, mais aussi se répercuter sur trois générations. C’est l’un des facteurs les plus marquants dans la performance des vaches”. D’où l’importance d’une conduite “no stress”.

Deux plages critiques

Quant aux plages critiques où l’épigénétique sera la plus impactante, elles sont entre zéro et deux mois et lors du tarissement : “Une maladie entre zéro et deux mois, c’est, affirme Yann Martinot, 750 kg de lait perdu, car c’est à ce moment que se construit la mamelle. C’est aussi entre zéro et deux mois qu’il faut doubler le poids du veau, d’où l’importance de la pesée et, pour y arriver, du colostrum en quantité suffisante pour le veau.”En conclusion, “tout reste à faire en matière d’épigénétique qui concerne l’ensemble du système de production, tant en termes de valorisation, de reproduction, de défense. Si la génétique, enfin, représente 20 % du résultat c’est, poursuit-il, 80 % qui dépendent de la technique et de la conduite du troupeau. C’est là que vous construisez vos animaux, et c’est aussi là que l’on a tout à faire avec les organismes de conseil en élevage avec des marges de progrès que l’épigénétique promet sachant que tout est épigénétique”. Ce que n’aura pas démenti Joël Guillemin directeur de Cantal conseil élevage(1) pour qui “l’épigénétique est avant tout une  question de bon sens qui nous redonne aussi notre place dans l’accompagnement technique et de conseil. C’est en outre une base scientifique dont nous avons besoin avec, en résumé,  ces deux périodes critiques qui sont donc à regarder de près”... et qui ont été illustrées en après-midi par la visite du Gaec du Piage à Coren, lequel, face au stress thermique, projette, entre autres, de se doter d’un système de ventilation performant.

(1) En présence de Jean-Marc Brunhes, président de CCE, Dominique Davy, président de France conseil élevage, Gwenaëlle Gain, directrice, Damien Laupretre, directeur référent d’Optilait, François Ginisty et Jean-Yves Haurat, co- présidents d’Optilait.

Deux AG en une

Optilait, fédération régionale, regroupe 16 structures de Conseil élevage de 21 départements dont Cantal conseil élevage. Optilait, ce sont 4 000 élevages suivis, 193 500 vaches laitières, 108 500 chèvres,120 conseillers et techniciens. Cantal conseil élevage compte en 2018, 917 adhérents. 48 143 vaches inscrites au contrôle laitier et 1 109 chèvres laitières. En 2019, CCE a réalisé 3 283 pesées (onze mois)  contre 2 977 en 2018, en augmentation constante malgré un nombre d’adhérents en baisse, notamment pour cause de départs à la retraite.

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