L'Union du Cantal 20 août 2020 à 09h00 | Par R. Saint-André

Ils témoignent d’une nouvelle sécheresse qui sévit sur tous les territoires du Cantal

Pas un coin du département ne semble épargné par une sécheresse qui a démarré, certes plus tardivement, mais dont les éleveurs attestent qu’elle est, par endroits, plus sévère encore que l’an passé.

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Pas un secteur n’est épargné. La sécheresse qui frappe le Cantal pénalise tous les agriculteurs. Sur tout le territoire, les responsables syndicaux recueillent des témoignages alarmants. François Bourgeon, éleveur limousin et président cantonal de la FDSEA à Champs-sur-Tarentaine, est un des premiers à avoir tiré la sonnette d’alarme. Car selon lui, les répercutions vont au-delà des animaux et des trésoreries des exploitations.

François Bourgeon

“C’est la difficulté à vivre du métier qui pose question. Une sécheresse pour la troisième fois consécutive c’est un moral qui en prend un sacré coup et crée des difficultés dans les familles.” Dans son canton, il a recueilli une série de témoignages. Entre températures élevées et absence de précipitations, l’herbe a séché sur pied. “Nous sommes en rupture de pâturage et du foin est donné aux bêtes, avec une consommation plus élevée d’aliments. Ce sont des factures et des charges qui augmentent.” François Bourgeon souligne aussi que les échéances des “prêts sécheresse”, accordés l’an dernier, vont arriver en septembre. “Il va falloir à la fois payer les échéances et racheter encore cette année. Pour passer le cap, certains sont dans l’obligation de trouver un autre travail.”

Le responsable de Champs relève en outre un paradoxe : au moment où il faut faire face à ce surplus de charges, les productions se vendent moins chères et en moindre quantité. C’est le cas du lait, où à la baisse de volume produit s’ajoute une qualité moindre qui fait le litre moins bien payé. C’est aussi le cas du broutard, dont les cours du mâle sont historiquement bas, le marché au cadran de Mauriac en témoigne. “Où en est-on de la loi Égalim de Macron ?”, se demande le syndicaliste qui attend encore que le prix de vente soit indexé sur le coût de production. “Nos trésoreries sont dans le rouge et la situation est très grave. Il va falloir revendre des bêtes”, semble se résoudre François Bourgeon.

Chantal Cor et Denis Boudou

Même son de cloche dans le Sud-Cantal. Chantal Cor, responsable cantonale à Maurs, considère même que les éleveurs - qui ont essuyé les précédentes sécheresses sans bénéficier de la reconnaissance de calamité l’an dernier (perte à 30 %) -  sont encore plus pénalisés. “Et cette année, toutes les récoltes ont été mauvaises : il manquait une bonne moitié sur les premières coupes ; les céréales, souvent semées tardivement dans de mauvaises conditions compte-tenu d’un automne pluvieux, ont eu des rendements catastrophiques ; il n’y a ni paille ni grain.”

“On pouvait penser que le printemps très arrosé allait rattraper les choses. Sauf que depuis début juin, il n’y a pas eu d’eau, ou alors de manière très localisée voire un orage de grêle”, se désole à son tour le secrétaire général des Jeunes Agriculteurs du Cantal, Denis Boudou, éleveur à Saint-Constant-Fournoulès. Dans la parcelle d’où il témoigne, des maïs qui ne dépassent pas 1 mètre à 1,5 mètre maximum. “Ils sont déjà en fleurs, pour l’épi c’est mort”, constate le JA.

Les seuls qui restent un peu verts, c’est lorsqu’une partie de la parcelle est irriguée. “Alors qu’en Châtaigneraie, souvent c’est le maïs qui sauve. Et comme tous les éleveurs donnent déjà à manger aux vaches, en novembre nous aurons les granges vides”, prévient Chantal Cor. Denis Boudou confirme : les vaches sont dedans depuis un mois et demi. “Et elles ne veulent pas sortir, même toutes portes ouvertes. Non seulement il fait très chaud, mais rien ne pousse. Même pas les mauvaises herbes”...

Comme François Bourgeon, les éleveurs laitiers du Sud-Cantal évoquent aussi les “conséquences induites qui méritent d’être chiffrées, elles aussi” : graines pour le sursemis, refus de prendre des bêtes en pension, production de lait en baisse avec des taux qui font fondre la prime à la qualité, un risque de cellules qui augmente, davantage d’animaux vendus (donc des cours de la viande qui chutent) et... des animaux qui souffrent, respirant vite et fort. “Plutôt que subventionner des pertes sécheresse, il vaudrait mieux donner les moyens d’y résister. Notamment en aidant à faire des retenues d’eau, car les sécheresses vont continuer à se multiplier”, prédit le secrétaire général des Jeunes agriculteurs. “Aux gens qui veulent tout interdire par rapport à l’eau, j’aimerais leur présenter le bilan carbone du fourrage qu’on achète en Espagne, où là-bas on arrose plein pot”, ajoute Chantal Cor. “Chaque fois qu’on voit passer un camion de paille, c’est de la flotte importée au prix fort, qui profite à la spéculation.” “On veut consommer local ? Eh bien nos vaches aussi veulent manger local !”, lance Denis Boudou.

Michel Dayral

“Chez nous, le printemps ne se présentait pas trop mal, avec une récolte avant le 15 juin sans excédent, mais normale”, concède Michel Dayral, président cantonal de la FDSEA à Pleaux. “Tout s’est dégradé très vite avec rapidement des problèmes pour l’abreuvement”, poursuit-il.

Ici aussi, côté culture, du maïs a séché sur pied, sans avoir mis la pomme. Semé début mai, il atteint 1,7 mètre, mais celui semé le 30 mai n’a pas dépassé les 80 centimètres...  Plus de prairies non plus. L’éleveur à la tête d’un troupeau mixte soigne ses montbéliardes à l’intérieur. “Un régime hivernal, enrubannage et foin.

Quant aux allaitantes, elles ne nourrissent plus aussi bien leurs veaux.” Comme tous ceux de son secteur habituellement autonomes, il lui faudra commander du fourrage. “Avec les dernières années qu’on a connues, on n’a plus de stock dans les granges ; mais avec les problèmes de trésorerie, on n’a pas de stock non plus dans les portes-monnaie.”

Lui aussi voudrait stocker l’eau lorsqu’elle coule en abondance. Car les recaptages de sources perdues sont taris. Sans doute en raison de l’absence de neige cet hiver. Même la montagne est sèche. Les quelques animaux toujours à l’estive redescendent. “Et ça fera encore plus à nourrir en bas”...

Conseils de la Chambre d'agriculture pour tenter de reconstituer une prairie protéinée

Vincent Vigier, technicien à la Chambre d’agriculture, livre ses conseils pour des prairies bio ou non : “Météo France annonce un régime d’averses orageuses et d'averses dans le Cantal, mais également pour le mois à venir, le maintien de températures supérieures aux normales. Celestralab, un laboratoire de Montpellier, a mesuré qu’après une sécheresse longue et intense, toute la biomasse microbienne libérait en moyenne 200 unités d’azote/ha, 180 unités de potasse et 300 unités de phosphore/ha.

Partant de ces trois constats, on peut sursemer quelques prairies, y compris des pâtures, dès que la terre se sera réhumidifiée pour valoriser cet important apport d’azote, mais avec prudence : grattez le paillasson et semez avec une herse étrille, une herse rotative, un semoir direct ; semez par hectare 15 kg de ray grass italien alternatif et 8 kg de trèfle incarnat (non météorisant); Soit 23 kg/ha à 4,20 € en bio ; 96 €/ha. À défaut, 15 kg de ray grass italien, 6 kg de trèfle violet et 2 kg de colza (pour ceux qui ne sont pas en AOP Cantal) ; Roulez...

L’enjeu, c'est de produire beaucoup de fourrages à l’automne (enrubannage, pâture), en hiver (pâture) et au printemps (enrubannage). Mais ne mettez pas tous les œufs dans le même panier ! Car on peut connaître le même scénario que l’an dernier : quelques pluies vers la mi-août et un mois et demi de sec derrière. Dans ce cas, semez un peu maintenant et une autre moitié début octobre avec 50 kg/ha de seigle fourrager.

À noter que si les prairies avec des repousses de ray grass et de trèfle violet donnent un rendement maxi de deux boules par hectare, attendre que le grain soit mûr et lâcher les vaches ou passer directement un coup de rouleau si la parcelle est trop loin pour être pâturée. De quoi faire un regarnissage de la parcelle à moindre frais.”

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