L'Union du Cantal 21 décembre 2022 a 08h00 | Par M. Varnieu

Croire en soi : le combat inspirant de la jeune Romane Dicko

Avant de s'envoler disputer les Masters à Jérusalem cette semaine, la Française Romane Dicko était du côté d'Ytrac afin de rencontrer les licenciés cantaliens.

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N'importe quel enfant a besoin de modèle. Pour rêver. Petite, Romane Dicko idolâtrait Serena Williams, "à qui on a dit qu'elle ne pourrait jamais pratiquer le tennis. Parce que tu es trop pauvre, parce que tu es noire, parce que tu es une femme". Et pourtant, "je ferai du tennis et je gagnerai !", affirmait-elle à ses détracteurs... On connaît la suite de l'Histoire qu'elle a écrite, elle comme sa soeur Venus, à coup de talent, de persévérance et de volonté. "En plus de l'athlète, j'admire cette femme complète et respecte ses engagements. Elle m'inspire."
Quand Romane Dicko démarre le judo, à 12 ans, "il n'y avait que des garçons sur le tapis ! On devait être seulement deux féminines !" Mais le nombre ne fait pas la qualité :
à l'issue de son premier cours à Villeneuve-le-Roi, son entraîneur Karim Dahli, ancien sportif de haut niveau, voit en elle une pépite et la prévient : "Tu feras du haut niveau !" Ça tombe bien, la jeune Parisienne a une autre idole : Audrey Tcheumeo, qu'elle découvre bronzée sur le podium des Jeux olympiques de Londres, dans la catégorie - 78 kg. La Française est d'origine camerounaise, comme les parents de Romane Dicko. "J'ai dit à mon père : "J'y vais, je vais faire du judo !"

Madame 10 000 volts

Bien mal lui en a pris puisque tout est allé "très très vite". Quatre ans après avoir enfilé son premier judogi, elle intègre l'Insep, vivier des futurs champions tricolores. À 18 ans, elle décroche le titre de championne d'Europe junior. Elle est ensuite médaillée mondiale seniors par équipes à Budapest en 2017. Passée senior, elle brille sur les tatamis européens en 2018 et 2020 dans sa catégorie + 78 kg. Ce n'est pas pour rien si son papa, qui fait également office d'agent, l'appelle "Madame 10 000 volts !" Avec ses nattes bleu, blanc, rouge, son compteur de médailles prend de l'ampleur à Tokyo, lors des derniers Jeux olympiques, avec une troisième place en individuel et le graal doré avec une équipe menée par un certain Teddy Riner. "C'est le grand frère !, apprécie l'enthousiaste Parisienne, qui côtoie le colosse également en club, au PSG. On a une carrière qui se ressemble : on a commencé très jeune, on a connu la pression très jeune aussi. C'est la meilleure oreille pour m'écouter !" Elle peut également compter sur son cousin, Teddy, lui aussi, mais Tamgho cette fois-ci, ancien triple sauteur français, qui a connu le très haut niveau pendant de longues années. "Il n'est pas judoka, mais je sais que je peux me référer à lui. J'ai beaucoup douté dans les moments où j'ai été blessée et il a su m'épauler."
Romane et Teddy (Riner, pas Tamgho !) se retrouveront une nouvelle fois... à Paris, en 2024 ! "Il sera là, c'est sûr !, assure Romane Dicko. On est focus Paris depuis des mois ! À Tokyo, nous n'avions pas nos proches dans les gradins, on a suivi une préparation particulière à cause du Covid. Et pourtant, on a gagné les Japonais chez eux ! À Paris, tout ça sera différent, c'est une autre dimension. Ils voudront nous faire la même chose mais on sera devant notre public, on sera chez nous ! Quelle meilleure motivation trouver pour les battre et conserver notre titre ?"

De la ceinture blanche à la ceinture noire, Romane Dicko a échangé en toute simplicité avec les près de 200 judokas cantaliens.
De la ceinture blanche à la ceinture noire, Romane Dicko a échangé en toute simplicité avec les près de 200 judokas cantaliens. - © M. V.

Romane secret

Avant de penser à 2024(1), Romane Dicko a répondu positivement à l'invitation du Judo club ytracois, samedi 10 décembre. Toujours avec le sourire, elle a encadré les petites catégories le matin, avant d'entraîner les plus grandes l'après-midi, et surtout, d'échanger en toute simplicité avec eux, sur le tatami. Avec peut-être une attention toute particulière pour les jeunes filles et un message inspiré de ses idoles : "Ce sport est tellement éducatif que les femmes ne doivent pas se priver de le pratiquer. Une femme peut être forte, une femme peut faire des médailles ! Et quand une petite fille me dit qu'elle veut me battre plus tard, je lui dis : "Go !" Il n'y a pas de trajectoire type, il faut juste y croire. Tout est possible, même dans un petit club. Elles aussi peuvent devenir des championnes."
Si elle avoue que "rien n'est facile dans la vie, on est athlète de haut niveau 24h sur 24", elle ne regrette rien : "C'est moi qui l'ai décidé. Notre métier ne s'arrête pas à
19 heures. On s'impose une hygiène de vie(2), on rate des événements familiaux parce qu'on ne peut pas se permettre de participer à un mariage si on a une compétition dix jours après. Mais une carrière, c'est court, c'est 10-15 ans." D'où l'importance, même à 23 ans, de penser déjà à l'après-judo : Romane Dicko est ainsi étudiante à la Sorbonne, en mathématiques. Un parcours scolaire adapté à sa carrière sportive, avec l'ambition de devenir ingénieure aéronautique.
En évoquant son parcours et ses ambitions, la souriante jeune femme a réussi l'objectif qu'elle s'était fixée avant d'arriver à Ytrac : "faire rêver les petits." Et les grands aussi.
Marie varnieu
(1) L'an prochain, elle disputera les championnats du monde au Qatar, en mai.
(2) Sauf quand on lui propose des Pim's, dont elle raffole !

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