Face à leur avenir, les salariés d’Abeil souhaitent avoir des réponses
Sur les 120 salariés de la société aurillacoise Abeil, entreprise spécialisée dans la fabrication de couettes, près d’une quarantaine ont débrayé une heure mercredi après-midi. Une heure pour enfin savoir, pour espérer plus d’informations sur les menaces de liquidation qui pèsent sur l’usine. “Il y a un souci financier, mais on ne sait pas où, pourquoi, comment ! Depuis des semaines, nous demandons à être entendus par la direction. Mais il n’y a aucune discussion. Elle repousse systématiquement”, s’alarme Joanna Kurdzielewicz, déléguée syndicale CGT chez Abeil.
Silence de la direction
En 2008, Abeil a été sauvée des eaux par l’intervention de la Communauté d’agglomération, suivie par la ville d’Aurillac et le Département. Pour insuffler de la trésorerie, la Communauté d’agglomération a racheté les bâtiments. Pour ne pas se retrouver le bec dans l’eau et voir l’outil de production s’évaporer, la collectivité a également fait garantir, en début d’année, les machines et les brevets. Oui mais voilà, la situation d’Abeil ne s’est guère améliorée entre temps. “La direction n’arrête pas de nous dire qu’il y a beaucoup de travail, mais qu’elle n’a pas les moyens de payer la matière première (le coton). C’est pour cela que nous sommes en situation de chômage partiel depuis deux ans”, précise Évelyne Rigal, salariée CGT. Dans leur action, les salariés ont été soutenus par l’Union CGT, secrétaire départemental en tête. “Dans cette histoire, personne ne sait rien. Nous voulons expliquer aujourd’hui que c’est la holding Société financière de participation du Pont-Rouge qui est en liquidation. Mais qu’en est-il réellement de la société Abeil ? Quelles sont les échéances, les repreneurs potentiels ?”, vocifère Thierry Bonhoure. Les grévistes seront finalement reçus quelques minutes plus tard par le PDG, Hugues-Arnaud Mayer. “Il ne nous a rien appris de plus, si ce n’est une réunion informelle au tribunal de commerce le 29 pour établir un échéancier. Pour l’instant, il ne serait pas question de liquidation”, déclarait T. Bonhoure. Mais le syndicaliste est quelqu’un de vigilant.

Après des mois de silence, les salariés ont pu enfin rencontrer Hugues-Arnaud Mayer, PDG d’Abeil. - © JMA
Colère des salariés CGT
“Maintenant, on va se faire confirmer tout de suite à la préfecture ce qu’il vient de nous dire, notamment sur l’audit réalisé, à la demande du préfet, par le cabinet Ernst & Young. Il déclare ne pas pouvoir nous le fournir car il ne lui appartient pas.” Au sortir d’un entretien avec la directrice de cabinet du préfet, la colère est encore plus grande. “Elle était très surprise de la position de M. Mayer sur la communication de cet audit. Elle a affirmé que la préfecture ne pouvait divulguer d’informations sur la situation d’une entreprise privée, qu’il appartenait donc à la direction d’Abeil de le faire.” Et de poursuivre : “Le vice-président du Medef national prétend être favorable au dialogue social, vouloir jouer la transparence, se préoccuper principalement de l’avenir des emplois et de ses salariés. Il apparaît qu’il a menti. Il a aussi prétendu qu’il venait d’apprendre que les comptes 2009 de sa société n’avaient pas été déposés au tribunal de commerce, comme la loi le lui impose, sous peine d’amende. Soit il ne se préoccupe pas du respect de la loi, soit il a quelque chose à cacher.” La conclusion, elle, est encore plus virulente. “M. Mayer apparaît comme manipulateur, et très peu respectueux de ses salariés. Il n’a pas apprécié le mot mépris utilisé dans le dernier tract du syndicat. Il n’y a pourtant pas de quoi s’étonner, vu le comportement qu’il a eu aujourd’hui.”
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