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L'Union du Cantal 08 avril 2020 à 09h00 | Par P.Olivieri

Altitude : “C’est compliqué mais on va y arriver”

Suite au confinement, le groupe coopératif Altitude, qui emploie quelque 600collaborateurs, a dû adapter son organisation avec la volonté d’assurer un maximum de services auprès de ses adhérents.

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Photo d'archives. Chaîne de production steak haché à Covial (groupe Altitude).
Photo d'archives. Chaîne de production steak haché à Covial (groupe Altitude). - © PO

Une médaille a toujours deux revers, pile et face, positif et négatif. Si Jean-Pierre Chateau devait retenir du positif dans cette crise sanitaire, c’est la mobilisation et l’agilité des équipes du groupe coopératif qu’il préside pour s’adapter et maintenir les services et biens nécessaires à l’activité des adhérents, du groupe et ses différentes branches. C’est aussi une prise de conscience, celle de ses concitoyens comme du président Macron, que derrière des produits alimentaires disponibles à foison en toute saison, “il y a un producteur. Et que si la mondialisation avait peut-être du bon, notre pays doit faire attention aujourd’hui et demain à assurer son indépendance alimentaire et donc garder sa production”. Un changement de paradigme dont il espère qu’il survivra à la crise... Côté face, Jean-Pierre Chateau sait que l’année s’annonce “très compliquée. Il y aura un avant et un après coronavirus, avec des séquelles, y compris pour notre groupe”, prévient-il. Lucide mais pas fataliste, comme son directeur Stéphane Coyas dont le leitmotiv est “solidaires, unis et responsables : oui ça va être compliqué, il va falloir se battre et qu’on y arrive !”, assène-t-il avant d’évoquer la situation au 2 avril des différentes branches du groupe Altitude.
Flux maintenus avec l’Italie
- Maigre : “Même si l’Italie est le pays le plus touché sanitairement, les flux commerciaux se maintiennent, ils continuent d’acheter nos broutards, souligne Jean-Pierre Chateau qui déplore cependant une érosion des cours. Ces flux permettent de libérer des places et de décharger des élevages dont beaucoup ont fini leurs stocks hivernaux.”
- Animaux finis : la filière steak haché sous emballage “fonctionne plutôt bien”, relève Stéphane Coyas, mais cela reste insuffisant pour compenser l’arrêt des commandes de la RHF (restauration hors foyer) et la fermeture des rayons boucherie traditionnelle en GMS. “On commence à avoir un peu de stocks et une baisse de l’ordre de 10 % des achats de grandes surfaces, mais je pense que l’érosion va être beaucoup plus importante”, avertit le directeur général du groupe. Et ce, “alors que les éleveurs ont besoin de trésorerie pour acheter de l’engrais, des semences, du foin pour certains”, analyse le président.
- En veaux naissants : le marché est fortement perturbé, tout comme celui de l’agneau, “de vrais sujets d’inquiétude”, confie Stéphane Coyas.
Pas de restriction laitière
- Volcalis - Branche laitière : le plan de relance de la production annoncé à la récente assemblée générale du groupe n’est plus d’actualité au vu de l’engorgement des marchés. Mais pour l’heure Volcalis et ses adhérents ne sont pas impactés (en date du 2 avril). “Nous arrivons à écouler normalement le lait de nos producteurs, déclare Jean-Pierre Chateau. Dans le cadre de notre partenariat avec Sodiaal, même si les Fromageries occitanes souffrent sur la branche fromagère, le groupe a plusieurs cordes à son arc, ce qui permet à Sodiaal d’orienter ce lait vers du lait de consommation, des yaourts, de la poudre...” Le président rappelle au passage l’opération solidaire assurée par Sodiaal en faveur des PME et petites coops de la filière AOP cantal. Pour autant, il ne cache pas ses craintes d’un impact de la conjoncture nationale sur le prix du lait dans les semaines et mois à venir.
Tensions fortes pour Teil SA
- Capp-Branche porcine : les deux outils du groupe Altitude que sont Porcentre (Allier) et Teil (Aurillac) subissent une forte érosion de leur chiffre d’affaires. “Plus de 50 % de la clientèle de Porcentre est dans la restauration hors foyer”, précise Stéphane Coyas. Chez Teil SA- Cantal Salaisons, les jambons peuvent continuer à s’affiner, pas les longes de porcs : “On a un véritable enjeu sur ces morceaux. On a réussi à repousser les entrées de cochons à l’abattoir mais il faut trouver de nouveaux canaux de distribution, ce n’est pas facile”, constate le directeur général. Pour ces deux entités, si l’horizon ne se débouche pas rapidement, après la prise de congés, il faudra recourir au dispositif d’activité partielle.
- Génétique : les gestes barrière sont en vigueur pour les inséminateurs sachant que l’activité est modérée en cette période. Ceux intervenant pour les IA en caprins sont équipés de masques du fait de la proximité imposée avec l’éleveur.
Agrodistribution
Après un pic d’activité la première semaine de confinement (+ 10 à + 15 %), un retour à la normale est constaté “sachant que c’est une très forte période”, rappelle le DG qui salue la “mobilisation extraordinaire”, l’adaptation et la polyvalence des équipes. “Les technico-commerciaux sont par exemple venus prêter main forte” dans les magasins Centraliment et Centre Vert qui restent ouverts comme à l’ordinaire. Si pour l’heure, le groupe est bien livré, les coûts de transport sont en train de flamber et le coût des intrants va de fait lui aussi augmenter, avertit Jean-Pierre Chateau.
Du drive à Gamm Vert et Florinand
En revanche, GammVert et Florinand, jardineries-animaleries ouvertes au grand public (les matins uniquement), ont été contraintes de condamner l’accès - et donc la vente - de leurs rayons hormis ceux destinés à l’alimentation animale. Avec pour conséquence la mise en activité partielle d’une partie des salariés. Une réglementation jugée discriminante par Altitude quand, dans le même temps, les grandes surfaces ont continué à proposer des produits de jardinerie. La situation a évolué depuis puisque le 1er avril au soir, le ministre a autorisé ce type de magasins à commercialiser les plants en format drive (retrait au magasin après commande par téléphone). “Le drive ne compensera pas la perte de chiffre d’affaires mais il s’agit de montrer aux clients qu’on est présent, qu’on s’adapte à leur demande”, indique Stéphane Coyas.
Patricia Olivier

- © Altitude

“La priorité, c’est la santé de nos salariés”

“La première des priorités du groupe, c’est la santé de nos salariés, affiche Stéphane Coyas, directeur général d’Altitude. La deuxième, c’est de participer avec nos petits moyens à l’effort national contre le virus et     d’assurer la continuité d’activité des exploitations agricoles adhérentes comme de nos équipes pour contribuer à notre manière à l’alimentation de la population.”
Télétravail, RTT, congés...
Une fois ces priorités énoncées, reste le lourd défi logistique et opérationnel pour conjuguer approvisionnement des élevages, des magasins du groupe, des outils d’abattage et transformation, les livraisons à l’aval des clients, les services en élevages... et les exigences sanitaires.
Pour y répondre, un comité de direction élargi se tient chaque jour en visioconférence pour “partager, informer et prendre les décisions”. Chaque semaine, les administrateurs sont informés des décisions arrêtées pour s’adapter à l’évolution de la situation, de même que deux représentants désignés des partenaires sociaux.
En termes d’organisation interne, le mot d’ordre donné aux équipes a été de recourir au télétravail ou, quand cela n’est pas possible, de solder leur RTT, congés. Certains ont activé le dispositif garde d’enfants. Entre 15 et 20 % des effectifs (600 collaborateurs au total) sont aujourd’hui concernés par cette réorganisation. Et pour l’heure, moins de 5 % par du chômage partiel. Sachant que dès le début de la crise, la consigne a été de réduire au strict indispensable les visites en exploitation.
15 jours de stocks de masques
Tous les salariés en poste ont été équipés de gants et disposent de gel hydroalcoolique. Ceux en contact avec le public comme les salariés de l’abattoir sont dotés de masques.
Le groupe a de quoi tenir 15 jours avec ses stocks. Mais si les livraisons des commandes de masques ne sont pas au rendez-vous, “ça va devenir un point critique”, confie Stéphane Coyas.

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